Limites entre vie privée et vie professionnelle

Paru le 28 novembre 2009 dans la Newsletter Espace Droit par Marianne Favre Moreillon

Quelles sont les causes et les conséquences d’une quasi-absence de limites entre vie privée et vie professionnelle?
Où sont les limites de l’empiétement sur la vie privée?
Que faire pour prévenir ce type de dérives?

 
1. Pourquoi le travail prend-il de plus en plus le pas sur la vie privée?
 Qui est menacé?
Il apparaît que ce sont essentiellement les personnes ayant une position élevée dans l’entreprise qui sont le plus à risque. Cadres, attachés commerciaux, assistant(e)s de direction ou de cadres : ceux-là même qui accumulent les heures supplémentaires, s’investissent sans compter et acceptent de mettre entre parenthèse leur vie privée pour le bien de l’entreprise et leur carrière professionnelle.
 
Atteintes à la santé
Le burn-out est souvent cité en exemple pour parler des nouvelles « maladies liées au stress » qui sévissent de nos jours dans les entreprises. Ce n’est pourtant qu’une conséquence parmi d’autres de l’épuisement professionnel dont sont victime de plus en plus d’employés. Ulcères, maux de dos, dépression, hernie discale sont autant de maux qui guettent nombre de collaborateurs motivés et performants.
 
Nouvelles technologies
Surimplication dans son activité professionnelle, multiplication des heures de présence au bureau et empiétement sur la vie privée sont ainsi quelques-uns des facteurs d’usure – tant physique que psychologique – des cadres. Ceux-ci sont engendrés, pour une certaine part, par la course au bonus qui incite bon nombre de collaborateurs à se dépasser.
A cela s’ajoutent les nouvelles technologies, qui permettent d’être « on line » n’importe où et à n’importe quel moment. En effet, les entreprises bénéficient aujourd’hui de moyens de communication considérables. Entre les téléphones mobiles, Internet, l’iPhone ou le blackberry, les collaborateurs sont désormais « on line » à tout moment, où qu’ils soient.
Conséquence de cette évolution technologique fulgurante : le collaborateur peut de sa propre initiative effectuer des tâches professionnelles à n'importe quelle heure de la journée et de la nuit.
 
2. Où sont les limites?
Ajoutée à la motivation suscitée par la course au bonus, cette abondance de moyens de communication permet certes d’améliorer l’efficacité et le rendement au sein de l’entreprise. Mais si l’on se place du côté du collaborateur, « on line » en tout temps et via différentes sources, les limites pour celui-ci ne sont pas toujours faciles à fixer.
SMS professionnels envoyés ou reçus bien au-delà des heures de bureau, collaborateur scotché à son laptop pendant un congé pour terminer un dossier en cours, voire même rappelé au bureau via son blackberry pendant ses vacances pour une urgence… Autant d’exemples de plus en plus fréquents dans le monde du travail et qui démontrent les dérives d’une utilisation abusive sous-jacente des nouvelles technologies dans le monde du travail.
 
Intrusions dans la vie privée
Les entreprises sont d’ailleurs les premières à bénéficier de l’investissement sans limite des cadres. Ceux-ci, désireux d’en faire toujours plus et motivés par leur carrière voient leur temps libre peu à peu diminué, accumulant ainsi des heures supplémentaires. De plus, au vu de leur fonction, ceux-ci renoncent bien souvent à la compensation des heures supplémentaires, ce qui rend encore plus difficile la délimitation entre le travail et le temps libre, lequel se retrouve bien souvent réduit.
 
Travail à domicile
Certains collaborateurs ont la possibilité d’effectuer un pourcentage de leur activité pouvant aller jusqu’à 40%, voire 50% à domicile. Avec un tel aménagement, les repères et les garde-fous habituellement présents sur le lieu de travail – horaires fixes, collègues qui rentrent chez eux à la fin de la journée… - disparaissent. Conséquence : le temps libre des collaborateurs se réduit comme peau de chagrin.
 
3. Comment prévenir ce type de dérives?
Quelles que soient les manifestations des collaborateurs sous pression qu’elles soient physiques ou psychologiques, l’entreprise a un rôle important à jouer, même si la personnalité et l'implication de la personne dans son travail y sont également pour beaucoup.
 
Protection de la santé des collaborateurs
Juridiquement, l’employeur est tenu de veiller à la protection de la santé de ses collaborateurs (arts. 328 du Code des obligations et 6 de la Loi sur le travail), ce qui inclut également la prévention du stress et du surmenage chez les travailleurs.
Concrètement, l’accomplissement de ce devoir peut prendre la forme d’aménagement d’horaires plus ramassés, d’offre de possibilités de se détendre sur le lieu de travail, voire d’une meilleure reconnaissance des efforts fournis.
En effet, par leur style de management, les supérieurs hiérarchiques peuvent contribuer à éviter les fissures ou cassures chez leurs collaborateurs, en leur permettant de favoriser un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. A cet égard, la mise sur pied de cours de détente – yoga, sport… - et/ou d’activités permettant le développement de prise de conscience personnelle sont autant de moyens auxquelles les entreprises doivent penser pour aider leurs cadres à ne pas dépasser certaines limites.
 
Chartes éthiques
Un collaborateur toujours disponible et qui travaille d’arrache-pied sans compter ses heures est certes utile à l’entreprise… jusqu’au jour où, touché dans sa santé par un mode de vie focalisé principalement sur le travail, il se retrouve en incapacité de travail pour une durée indéterminée. Partant, les entreprises ont tout à gagner en misant sur la prévention plutôt que la productivité à tout prix.
A cet égard, la mise sur pied de directives ou de chartes constitue une mesure positive. Toutefois, la réduction des cas de surmenage au sein de l’entreprise passe obligatoirement par la recherche active de solutions pour concilier les exigences professionnelles et familiales des collaborateurs d’une entreprise.

En bref

    • Ce sont essentiellement les collaborateurs ayant une position élevée dans l’entreprise, soit les cadres, les attachés commerciaux et les assistant(e)s de direction ou de cadres, qui sont les plus enclins à sacrifier leur vie privée pour leur travail.
    • Les nouvelles technologies permettent aux collaborateurs d’être « on line » avec leur travail en tout temps, ce qui peut entraîner des abus.
    • Juridiquement, l’employeur a un devoir de protection de la santé de ses collaborateurs, ce qui inclut également la prévention du stress et du surmenage chez les travailleurs.
    • Par leur style de management, les supérieurs hiérarchiques peuvent contribuer à éviter les fissures ou cassures chez leurs collaborateurs, en leur permettant de favoriser un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Parallèlement, l’élaboration de chartes ou de directives permet également de poser certaines limites.

 

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